Les encres de tatouages, UFC Que choisir. Retour sur l’article.

L’association UFC que choisir a lancé une véritable bombe dans le milieu du tatouage et du maquillage permanent ce 18 Février dernier. 
En publiant les résultats de tests menés sur une vingtaines d’encres, elle révèle que 75 % des produits testés ont des taux de substances indésirables au-dessus des seuils réglementaires.
Nous revenons sur cet article pour faire le point sur ce qu’il dit réellement. 

Microneedling : Retour sur l’avis d’interdit du ministère de l’Economie et des Finances.

18/03/2021 – Retour sur l’avis d’interdit émis par le Ministère de la Santé : le Microneedling doit revendiquer son statut « esthétique ».

Retrouvez l’avis ministériel sur :
https://www.economie.gouv.fr/dgccrf/foire-aux-questions-1?fbclid=IwAR1KOJwG12f27wIppWad5ZKbdRyQWsROTPylzX9D_12mj7yv6rSQhozYVTk

Anesthésiants : faut-il souffrir pour être beau ?

Comme disait Freud : « On ne se sent jamais autant vivant que lorsqu’on a mal ». Si cette affirmation du fondateur de la psychanalyse pousse à relativiser notre perception de la douleur, il faut bien avouer qu’elle n’atténue en rien l’intensité d’une séance de tatouage, qui peut parfois se transformer en torture interminable. Alors abordons le sujet avec un peu de légèreté.

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Anesthésiants : faut-il souffrir pour être beau ? 

Comme disait Freud : « On ne se sent jamais autant vivant que lorsqu’on a mal ». Si cette affirmation du fondateur de la psychanalyse pousse à relativiser notre perception de la douleur, il faut bien avouer qu’elle n’atténue en rien l’intensité d’une séance de tatouage, qui peut parfois se transformer en torture interminable. Alors abordons le sujet avec un peu de légèreté.

Objectivement, tout psychiatre qu’il était Freud ne s’est jamais retrouvé les côtes flottantes sous une traceuse de 7 montées sur une « coil » de Bruno Kéa (malgré le grand âge de ce dernier ! ndlr). Un endroit sensible au tatouage parmi tant d’autres, qui balaye sans discussion la poésie de cette jolie phrase freudienne tant le tatoué se demande parfois s’il n’est pas plus mort que vivant en fin de séance. Et encore, la brûlure de l’aiguille n’est pas réservée qu’aux seuls adeptes du tatouage traditionnel : les prétendantes au maquillage permanent ne sont pas en reste. Quoi qu’en disent les fiers tatoués aux biscottos colorés, une bonne séance de « liner » sur la paupière ou un tour de bouche ferait certainement pleurer la plupart d’entre eux.

La douleur n’est donc pas dans la taille du motif mais dans l’endroit, l’outil et le temps.

ANESTHESIE : PAS QU’UNE QUESTION DE PRINCIPES.

Il n’est pas ici question de débattre de la philosophie de la douleur, qui alimente la détermination du tatoué, donne une valeur rituelle à son tatouage ou fixe les limites de son physique*.

La vérité est inébranlable : le tatouage fait mal, qu’il soit artistique ou esthétique. Cette douleur est humaine, omniprésente, identique pour tous, et si la perception de son intensité peut parfois varier, cela n’est dû qu’aux circonstances dans lesquelles chacun la ressent. On ne peut tellement pas la contourner que mentir à son propos est même répréhensible par la loi. L’information donnée aux clients sur la douleur du tatouage et du maquillage permanent est obligatoire par le décret 2008-149 du 19/02/2008, fixant les conditions d’exercice de nos métiers.

Ok, mais bon… « Vous n’auriez pas quelque chose pour atténuer la douleur ? ». Voilà la question secrète, presque tabou, qui prend naissance dans l’esprit reptilien des concurrents au tatouage ou au maquillage permanent, et pourtant ce n’est pas au tatoueur ou à la praticienne en PMU (Permanent Make Up) d’y répondre.

Avons-nous le droit d’utiliser une substance pour atténuer artificiellement la douleur ? La réponse est claire et sans ambigüités : Non. Et pour appuyer cet interdit, il existe de lourdes sanctions règlementaires pour les professionnels qui les utilisent.

Pourquoi ? Parce qu’ils sont dangereux, et qu’en faire un usage débridé peut avoir des conséquences dramatiques en cas de problème, comme avec tout médicament.

Sans faire de généralités, une partie des professionnels regarde pourtant ailleurs, souvent persuadés que ces produits sont sans dangers et sans risques juridiques. Et sur le terrain, il n’est pas rare d’entrevoir des arguments presque commerciaux sur « le tatouage sans douleur » de la part de boutiques ou instituts. A tel point qu’au-delà de la simple demande de la clientèle, certains professionnels/lles affichent plus ou moins ouvertement une « méthode sans douleur », argument qui cache à peine l’usage de produits anesthésiants.

Ce phénomène est aggravé par des fabricants qui rivalisent de contournements, voire de mensonges, pour vendre des produits qui sont dans le meilleur des cas des médicaments règlementés, dans le pire des cas des décoctions obscures et surdosées, comme certaines marques originaires d’Asie dont je tairais ici les noms.

Dans ce dernier cas, le danger pour la santé est d’autant plus important que les compositions de ces produits sont inconnues, avec des listes d’ingrédients bien loin de la transparence qu’on est en droit d’exiger (ex : « Ingrédients : agents insensibilisants,… »).

UN ANESTHESIQUE, CA FAIT QUOI ?

Il existe 2 types d’anesthésiques : les locaux et les généraux. Ces derniers ne nous concernent pas, ils sont utilisés en médecine pour « endormir », qui se résume à mettre artificiellement une personne en état d’inconscience.

Les locaux se divisent en deux grand groupes : les injectables (qu’il est inutile d’aborder ici) et les « topiques », que l’on trouve sous forme de crèmes, de gels ou de collyres. En cutané nous nous intéresserons aux topiques, dont le produit de référence reste encore le EMLA 5%, médicament très représentatif de ce qui peut être utilisé dans nos pratiques. 

Comme de nombreuses autres marques concurrentes (Zentiva, Topex, Xylocaine,…), ce produit pharmaceutique est composé de deux molécules anesthésiantes, aux propriétés similaires et de même type, la Lidocaïne et la Prilocaïne, qui sont deux amino-amides et ont ensemble une action synergique. Ces molécules agissent sur les terminaisons nerveuses en bloquant les échanges sodiques, avec pour conséquence l’arrêt de la conduction nerveuse. En pratique, la douleur ne « remonte » plus le chemin nerveux jusqu’au cerveau.

Pour être actif, le topique traverse la barrière cutanée pour atteindre les circuits nerveux. L’organisme « filtre » une partie du produit lors de son passage dans la peau, ce qui implique une assez forte concentration de principe actif pour que son action reste efficace.

L’effet anesthésiant est temporaire, et le retour de la sensibilité dépend du dosage, de la bonne application du produit et en partie de la physiologie de la personne anesthésiée.

Il faut signaler qu’il n’est pas rare que la personne « patchée » subisse d’ailleurs une phase d’hypersensibilité de quelques minutes à plusieurs heures en fin d’anesthésie, qui rend l’inflammation après l’acte finalement plus douloureuse que sans l’anesthésie (un comble !).

Ceci-dit jusque là tout va bien, mais là ou le bât blesse, c’est en cas de surdosage et/ou sensibilité de la personne. Car un produit anesthésiant est à considérer toxique. A ce titre, et pour illustrer ce principe sur une autre échelle, un anesthésiste calculera toujours le dosage précisément nécessaire à votre opération en cas de chirurgie par exemple, afin d’en limiter au maximum la quantité dans votre organisme.

Le danger observé dans les pratiques des tatoueurs ou des praticiennes en PMU réside surtout dans les dosages de ces produits. Il n’est pas rare de voir par habitude (et inconscience !) certains faire plusieurs applications massives et rapprochées de produits au cours d’une même séance, augmentant ainsi le risque de surdosage.

Attention en ce cas, les effets secondaires ne sont pas rares et annoncent des réactions pouvant être graves : arythmies cardiaques, vertiges, troubles de la vision, allergies cutanées ou systémiques (chocs allergiques)… Bref, l’usage de ces produits n’est jamais anodins et les complications sont fréquentes, alors n’oubliez jamais que si vous appliquez ces produits sur une personne réactive, vous en serez responsable.

LE STATUT DES PRODUITS

Au-delà de l’approche chimique, le danger d’utiliser ces substances règlementées réside aussi dans le statut juridique des anesthésiants : classés en liste II dans la pharmacopée française, ce sont des médicaments. A ce titre, leur usage fait tomber l’utilisateur (tatoueur, praticienne en PMU, pierceur) dans la pratique illégale de la médecine, et les sanctions sont lourdes : l’exercice illégal de la médecine peut être passible de 2 ans d’emprisonnement et 30.000 € d’amendes…

Ceci est valable non seulement lors d’usage des produits, mais également lors de leur détention en magasin, ainsi qu’en cas de revente à la clientèle ou à d’autres professionnels.

Il est donc important de bien comprendre où on met les pieds en prenant le parti d’utiliser ces produits, car le législateur ne pardonne pas cette liberté.

En parallèle aux marques enregistrées à la pharmacopée, on retrouve des produits importés d’hors Europe, tels « Bactine » ou « Vasocaine » (sans même revenir à nouveaux sur les productions asiatiques). Si ces produits ne sont pas spécifiquement classés en France, ce qui du coup ne restreint pas leur vente à la seule pharmacie, leur usage n’en est pas moins risqué malgré tout. Ceux qui croient s’appuyer sur un « flou » statutaire de ces produits pour les utiliser librement sont dans le faux. En cas de réaction d’un client, il sera difficile de se défendre si le législateur brandit l’argument d’acte médical, qui sera basé sur la seule composition du produit.

Attention donc aux implications juridiques en utilisant ces substances. L’adage en ce cas est clairement : « Vous êtes prévenus ! ».

EN CONCLUSION

L’anesthésie peut être un mal nécessaire ou la solution à tout les maux, tout est question de point de vue mais clairement son rapport bénéfice/risque dans nos pratiques n’en vaut pas la peine.

Alors certes, certaines séances sont plus dures que d’autres, et certaines personnes sont moins résistantes que d’autres. Mais si la douleur est subjective, le risque lié aux produits est quand à lui très objectif. Alors sans tomber dans le « Un tatouage ça se mérite », c’est bien par les risques physiologiques et juridiques qu’est limité l’usage des anesthésiants.

La gestion de la douleur est clairement plus entre les mains du praticien et de sa capacité à accompagner son client, que dans le produit. A bon entendeur…

Olivier Laizé.

Infos et questions en MP ou par email sur info@corpstech.fr

 

* : je conseille aux intéressés du sujet la lecture de « Anthropologie de la Douleur » de David LeBreton, une référence sur le sujet.

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Traçabilité des instruments de tatouage/piercing : l’effort de transparence

Le tatouage et le piercing sont des techniques considérées à risques infectieux, parce que les instruments utilisés sont en contact plus ou moins direct avec le sang.
Alors si les professionnels ont depuis longtemps adopté des « process » de stérilisation reconnus, il reste encore à prouver qu’ils sont bien appliqués. Sur le terrain les techniques de stérilisation sont globalement bien acquises par les tatoueurs/pierceurs qui y ont recours, notamment depuis l’arrivée de la formation obligatoire « Hygiène & Salubrité », mais l’expansion massive du matériel acheté déjà stérilisé à usage unique tend à faire oublier qu’il doit obligatoirement être tracé, tout comme celui du réutilisable stérilisé sur place.

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Traçabilité des instruments de tatouage/piercing : l’effort de transparence.

Le tatouage et le piercing sont des techniques considérées à risques infectieux, parce que les instruments utilisés sont en contact plus ou moins direct avec le sang.
Alors si les professionnels ont depuis longtemps adopté des « process » de stérilisation reconnus, il reste encore à prouver qu’ils sont bien appliqués. Sur le terrain les techniques de stérilisation sont globalement bien acquises par les tatoueurs/pierceurs qui y ont recours, notamment depuis l’arrivée de la formation obligatoire « Hygiène & Salubrité », mais l’expansion massive du matériel acheté déjà stérilisé à usage unique tend à faire oublier qu’il doit obligatoirement être tracé, tout comme celui du réutilisable stérilisé sur place.
 
Autoclave : l'appareil de stérilisation obligatoire pour du matériel réutilisable.
Autoclave : l’appareil de stérilisation obligatoire pour du matériel réutilisable.
Durant des années les tatoueurs et pierceurs prenaient pour acquis que posséder et utiliser au quotidien un autoclave garantissait de facto la bonne stérilisation de leurs instruments et la sécurité de leurs pratiques. Cet argument, bien que partant d’un souci de transparence envers leur public, est malheureusement invalidé par le principe sanitaire voulant que l’efficacité d’une stérilisation s’accompagne de preuves tangibles et documentées pour être confirmée.
Par conséquent, avoir l’appareil de stérilisation ne suffit pas. Déjà faut-il prouver qu’il fonctionne, et cela fera l’objet d’un autre article des « Dossiers Sanitaires », mais aussi faut-il pouvoir identifier dans le temps quel instrument stérile à été utilisé sur un client. Voilà donc arriver dans notre métier la notion de traçabilité.
 
Scanner de traçabilité
Scanner de traçabilité
La règle est la suivante : « Toute personne effectuant un acte à risque est portée responsable de ses éventuelles conséquences jusqu’à temps qu’elle puisse prouver du contraire », et en cas de problème infectieux, c’est la stérilisation du matériel qui est vérifiée en premier. Dans le cas d’un tatouage/piercing infecté, et même si dans la très grande majorité des cas le professionnel n’en est pas à l’origine, il ne pourra jamais se décharger de la responsabilité du problème par le seul fait de posséder un autoclave. Et ce parce que juridiquement, affirmer que chacun de ses instruments est systématiquement stérilisé entre chaque usage ou à usage unique stérile ne suffira pas à prouver que celui utilisé sur le client qui subit l’infection l’ait réellement été. En conséquence, et à juste titre, un client procédurier ou un inspecteur de santé publique s’appuiera sur ce manque de lien entre l’instrument et la preuve de sa stérilisation pour désigner le tatoueur/pierceur comme responsable de l’infection.
Il devient donc indispensable, et de toutes les façons obligatoire, de mettre en place un système permettant de pouvoir identifier à long terme quels instruments stériles ont été utilisés sur un client, et ce système repose sur la notation de leur numéro de lot sur la fiche client :
 
Le matériel concerné est le suivant :
 
Tatouage :
-Aiguilles (de tout type)
-Encres (noter chaque couleur utilisée pour la séance)
-Buses (de tout type)
 
Piercing :
-Aiguilles (de tout type)
-Bijoux de pose
-Gants stériles
-Pinces de préhension
-Tout autre éventuel instrument stérile (ciseaux, « tapers »…)
 
Rappel : cette règle de traçabilité ne concerne que les instruments stériles. Elle est obligatoire tant pour ceux achetés stériles auprès des fournisseurs que ceux stérilisés en boutique.
En pratique, la traçabilité s’effectue en établissant une fiche pour chaque client pour y noter les numéros de lot, un descriptif de l’objet et le fournisseur de tout les instruments stériles (cette dernière donnée est optionnelle mais permet de mieux les identifier) qui sont utilisés sur lui.
 
EXEMPLE :
Fiche de tracabilité manuelle : par ligne chaque instrument stérile est référencé.
Fiche de tracabilité manuelle : par ligne chaque instrument stérile est référencé.
 
Cette fiche doit être datée du jour de l’acte, archivée et conservée durant 3 ans au sein de la boutique. Une nouvelle traçabilité sera établie à chaque nouvelle séance, les instruments et la date de l’acte étant à chaque fois différents. La traçabilité peut être effectuée avant ou après l’acte en lui-même selon l’organisation que chacun aura choisi.
En cas de litige, elle permettra d’identifier les instruments utilisés, d’établir leur bonne stérilisation et donc de dédouaner le tatoueur/pierceur de la responsabilité de l’infection :
-Pour le matériel réutilisable stérilisé en boutique : par les tests de performance de l’autoclave (s’ils sont correctement réalisés et archivés bien sur !).
-Pour le matériel à usage unique acheté stérile : par le fournisseur qui dispose de l’historique de stérilisation de la marchandise qu’il vous a vendu.
 
Plusieurs méthodes existent :
-Noter la traçabilité sur la fiche client au stylo.
-En conservant les emballages des instruments et les agrafer sur la fiche client.
-Noter la traçabilité sur un tableur, la dématérialisation des données étant maintenant autorisée.
 
 
Emballage de buse à usage unique conforme.
Emballage de buse à usage unique conforme.
 
Encres : un etiquettage conforme comporte un numéro de lot.
Encres : un etiquettage conforme comporte un numéro de lot.
A première vue cette procédure, plus administrative que technique, peut sembler lourde mais à l’usage elle s’insère finalement rapidement dans les habitudes de travail d’une équipe de tatoueurs / pierceurs.
 
Pour clore le sujet il est peu probable, et je ne le souhaite à aucun confrère/consoeur du métier, qu’un problème infectieux n’oblige un jour l’un d’entre nous à ressortir une fiche de traçabilité pour prouver que les instruments utilisés étaient bien stériles au moment de l’emploi. Mais cette procédure, au-delà d’être obligatoire, contribue à valoriser nos métiers, à défendre des professionnels toujours en quête de transparence tout en garantissant la sécurité des clients de manière tangible. Pour vivre heureux, vivons tracés !
 
Pour toutes questions ou informations, contactez-moi sur info@corpstech.fr
pour le matériel d’illustration.
 
Olivier Laizé
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Norme EN17169 “Tatouage / MP : Bonne pratiques d’hygiène et de sécurité”

Pour tatoueurs et expertes en maquillage permanent, la nouvelle n’en est presque plus une et elle commence à faire du bruit : une norme européenne sur nos pratiques va voir le jour. Certains sont au courant, d’autre pas, d’autres encore mélangent le vrai et le faux. Ce que l’on sait, c’est qu’on ne sait rien. L’information est souvent mal passée, encore obscure, il est donc temps d’en éclaircir un peu les contours.

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Norme EN17169 “Tatouage / MP : Bonne pratiques d’hygiène et de sécurité”

INTRODUCTION AU CHANGEMENT
Pour tatoueurs et expertes en maquillage permanent, la nouvelle n’en est presque plus une et elle commence à faire du bruit : une norme européenne sur nos pratiques va voir le jour. Certains sont au courant, d’autre pas, d’autres encore mélangent le vrai et le faux. Ce que l’on sait, c’est qu’on ne sait rien. L’information est souvent mal passée, encore obscure, il est donc temps d’en éclaircir un peu les contours.
 
UNE NORME, QU’EST-CE QUE C’EST ?
Une norme est un document technique élaboré de manière consensuelle entre plusieurs pays, par le biais de groupes d’experts du secteur professionnel dont elle fait l’objet. Une norme demande en moyenne 2 à 4 ans de travail et est financée par les professionnels ou institutions qui souhaitent sa création. Les groupes de spécialistes de chaque pays, qui peuvent être composés d’institutions nationales, de sociétés privées, de praticiens ou de consultants, s’organisent en comités au sein des agences de normalisation nationales : AFNOR (Agence Française de Normalisation) pour la France, DIN pour l’Allemagne, etc.
En pratique, ces experts se réunissent périodiquement pour inclure dans la norme ce qu’ils estiment être techniquement nécessaire à l’exercice de leur métier, sous condition que cela n’entre pas en contradiction avec les éventuelles règlementations déjà en place dans leur pays (si il y en a).
 
L’agence française de normalisation
Ces travaux nationaux sont ensuite partagés avec les autres pays participants pour être débattus en réunions plénières (présence de tout les pays), durant lesquelles les représentants de chacun d’entre eux doivent jouer d’influence, d’expertises et de diplomatie pour défendre leur vision du métier et définir ce qui doit rester, être enlevé ou négocié au sein de la norme.
Il s’agit donc bien d’établir un document technique consensuel, une sorte de mode d’emploi acceptable par tout les pays participants, destiné à standardiser et harmoniser les bonnes pratiques d’un métier au sein de l’Europe.
 
Le DIN : l'agence allemande de Normalisation à Berlin
Le DIN : l’agence allemande de Normalisation à Berlin

 

Dans le cas de la norme EN17169, son projet à été déposé par l’Allemagne en 2014, suivi par la France et 10 autres pays européens. Le comité français est composé de fabricants et fournisseurs de matériel de dermo-pigmentation/tatouage, de professionnels du tatouage, d’hygienistes, de médecins et pharmaciens de Santé publique.
 
UNE NORME : A QUOI CA SERT ?
Attention, pas d’erreur : cette norme, attendue pour Mai 2019, ne remplacera pas l’actuelle règlementation française « Tatouage/MP », qui reste l’obligation légale à respecter pour exercer. Par contre, dans notre pays du moins, elle pourra servir de référentiel pour la faire évoluer. Bien que certains en doutent, et bien qu’il n’y ait pas encore d’échéance claire à ce propos, un « dépoussiérage » de notre actuelle loi est bien prévu une fois la norme en place.
Pour d’autre pays, qui n’ont pas encore de réglementation, elle pourra devenir d’application obligatoire, et donc réglementaire. Appuyer et financer la création d’une norme permet donc à un Ministère ou des professionnels d’avoir un poids dans son élaboration et dans l’usage qu’on en fera ensuite, selon les besoins du pays qui l’adopte.
 
ET LES PROFESSIONNELS DANS TOUT CA ?
Soyons concrets : une fois en place, la norme EN17169 « Bonne Pratiques d’Hygiène et de Salubrité » permettra aux boutiques de tatouage et instituts d’esthétiques qui appliquent ses directives de se faire certifier « Norme EN17169 ». Pourquoi faire ? La règlementation française garanti la sécurité du public et des praticiens en termes légaux. Mais la respecter n’est pas un outil de mise en valeur qualitative pour le professionnel, c’est une obligation.
C’est là que la certification entre en jeux : la norme étant un document destiné à valoriser les pratiques tout en respectant les règlementations, la certification est un gigantesque outil de communication car il permet au professionnel de prouver au grand public qu’il la respecte. Publicité diront certains, mais pas seulement. Une certification repose sur des techniques concrètes et documentées, alors si pub il y a, en voilà une qui marie sécurité des pratiques et preuve de qualité, non seulement en France mais aussi en Europe. Une publicité transparente, propre et vraie, à fort pouvoir valorisant.
Côté agences de santé, si la norme n’est pas texte de loi et qu’elle n’empêchera pas les contrôles, on peut néanmoins penser qu’une boutique ou un institut certifié se verra classé dans les établissements de « confiance ».
En pratique, une boutique de tatouage ou un institut de maquillage permanent pourra faire une démarche de certification auprès d’un organisme certificateur pour valoriser à grande échelle la qualité et la sécurité de ses services. La certification est un document délivré sous contrôle continu, renouvelable tout les 3 ans en moyenne, pour lequel on vérifie que les « process » de la norme sont appliqués de manière systématique et reproductible.
Au sommaire de cette norme, on retrouvera entre autres process techniques :
  • Désinfection des locaux et aménagement des salles de tatouage / dermo.
  • Stérilité et traçabilité des instruments
  • Gestion des plans de travail
  • Gestion des déchets médicaux
  • Asepsie et préparation de la peau avant l’acte…
Un sommaire complet et très détaillé de toutes le bonnes pratiques d’hygiène, spécifiquement dédié à nos techniques de piquage et pensé pour l’utilisateur, à savoir vous. Cette norme est donc une nouveauté solide pour nos pratiques, fruit d’un dur travail institutionnel de 4 années, qui donne à nos métiers une nouvelle dimension face à un public toujours plus demandeur en sécurité et des métiers en plein développement.
Prochaines infos sur la mise en place de la norme et les modalités de certification début 2019…
MAJ au 23/10/2018 : l’arrivée de la norme suscite beaucoup de questionnement, voir d’inquiétudes. D’autres articles plus techniques (contenu, dossiers pratiques, utilisation de la norme par les tatoueurs, etc.) sont en préparation.
 
Olivier Laizé – CorpsTech
Vice président du comité AFNOR CEN TC435 pour la norme EN17169
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Les Dossiers Sanitaires : accident d’exposition au sang

L’exposé des risques de contamination et du protocole d’urgence à suivre en cas de piqûre accidentelle lors d’un tatouage ou d’un piercing.

Les Dossiers Sanitaires : gestion des DASRI

Explication des règles de gestion, de tri et d’élimination des déchets médicaux dans l’exercice du tatouage et du piercing.

Les Dossiers Sanitaires : gants & hygiène des mains

Les grandes règles de prévention des infections par l’hygiène des mains. Désinfection, gels hydroalcooliques, usage et méthode de pose de gants stériles (obligatoire pour le piercing).

Les Dossiers Sanitaires : AQUAMA ou la désinfection non chimique.

En parallèle aux exigences reglementaires de base, présentation d’une innovation majeure en termes de désinfection : la solution AQUAMA, à base d’eau et de sel, sans impact environnemental ou sanitaire et certifié « désinfection médicale ».